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La double

Seront ici condensés divers procédés liés à la dramaturgie. Le théâtre est à la fois un texte et un spectacle. Le texte théâtral peut être être lu, mais est écrit pour être représenté. Il se compose de répliques, et de didascalies qui guident les comédiens dans leur interprétation et aident les lecteurs à mieux s’imaginer la scène.

Qu’ils dialoguent entre eux, qu’ils s’expriment seuls sur scène ou qu’ils s’adressent uniquement aux spectateurs, c’est à travers la parole des personnages qu’est racontée l’histoire. D’après le jeu des acteurs qui se réfèrent aux différentes répliques et didascalies, les spectateurs déterminent le genre théâtral de la pièce.

Parole et texte théâtralModifier

Nous étudierons tout d’abord le texte théâtral puis les formes de la parole théâtrale. Quelles sont les caractéristiques du texte théâtral et quelles sont les différentes formes de la parole au théâtre ?

La réplique, dans le texte d’une pièce de théâtre, est un élément d’un dialogue théâtral, texte qu’un personnage doit dire à un autre personnage ou à lui-même. Le dialogue est un échange de répliques entre deux ou plusieurs personnages. Le dialogue assure différents rôles : il peut être le lieu d’un échange d’informations (un personnage apprend de la bouche d’un autre certaines informations), d’une délibération (discussion en vue de prendre une décision) ou bien encore le lieu d’un affrontement. La longueur des répliques et leur enchaînement peuvent nous éclairer sur les rapports de force entre les personnages.

Par exemple, dans Tartuffe de Molière, Acte I scène 1, Madame Pernelle coupe la parole à chaque membre de la famille, donc les répliques de chaque destinataire de celle-ci sont courtes. Les points de suspension montrent que le locuteur n’a pas fini de parler. L’interruption répétée de Madame Pernelle prouve donc qu’elle considère chaque membre de la famille comme inférieur à elle.

«

DORINE
Si...
MADAME PERNELLE
Vous êtes, mamie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente ;
Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.
DAMIS
Mais...
MADAME PERNELLE
Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils ;
C’est moi qui vous le dis, qui suis votre grand’mère,
Et j’ai prédit cent fois à mon fils, votre père,
Que vous preniez tout l’air d’un méchant garnement,
Et ne lui donneriez jamais que du tourment.
MARIANE
Je crois...
MADAME PERNELLE
Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,
Et vous n’y touchez pas, tant vous semblez doucette ;
Mais il n’est, comme on dit, pire eau que l’eau qui dort,
Et vous menez sous chape un train que je hais fort.

»

Les didascalies, dans le texte d'une pièce de théâtre, sont un ensemble d’indications scéniques qu'un dramaturge porte sur son texte pour signifier aux interprètes le ton à prendre, les gestes à faire, la place à adopter, au cours de la représentation. Elles permettent de donner des informations, notamment, sur le comportement, l'humeur ou encore la tenue vestimentaire d'un personnage.

Les didascalies sont intercalées dans le dialogue écrit, mais n'en font pas partie, et ne sont donc pas destinées à être prononcées sur scène. En effet, lors de la représentation, les répliques seront prononcées par les comédiens et entendues des spectateurs tandis que les didascalies, non entendues des spectateurs, seront interprétées par les comédiens qui en tiendront compte dans leur jeu d’acteur.

Les didascalies sont en italiques, ou en lettres capitales pour les noms des personnages. Elles permettent ainsi au lecteur de s’imaginer la scène même si elles servent avant tout au metteur en scène ainsi qu’aux comédiens.

Ces didascalies sont plus ou moins abondantes selon les auteurs. Ainsi, elles sont rares chez Corneille, Molière ou Racine et absentes du théâtre grec mais deviennent plus abondantes dans le drame romantique au XIXe siècle, au point de concurrencer le dialogue dans certaines œuvres modernes.

Il existe au théâtre plusieurs types de didascalies. Les principales sont les suivantes :

  • Didascalies initiales : Après le titre de la pièce, les didascalies initiales comportent la liste des personnages. Elles donnent des précisions utiles sur les rapports de parenté, d'amitié ou de hiérarchie entre ces derniers. Elles donnent également des informations sur leur âge, leur caractère, leur costume, le lieu et le moment de l'action.
  • Didascalies fonctionnelles : Les didascalies fonctionnelles définissent avant chaque réplique, l'identité de celui qui parle et, à l'intérieur du dialogue, la personne à qui la parole est adressée. Elles indiquent également le découpage de l'œuvre en actes et en tableaux et les unités de jeu (scènes, fragments, fréquences). Finalement, elles précisent les déplacements des personnages, les entrées et les sorties, les mimiques, les gestes...

Les didascalies peuvent indiquer : (didascalies extraites de Tartuffe de Molière)

  • un geste : maniant le fichu d’Elmire (Acte III, scène 3)
  • une attitude : se sentant attendrir(Acte IV, scène 3)
  • un décor : sortant de dessous la table (Acte IV, scène 6)
  • la place des acteurs : Elle fait mettre son mari derrière elle (Acte IV, scène 6)
  • qui parle à qui : bas à Cléante (Acte V, scène 4)
  • un objet : un cornet de papier (Acte IV, scène 5)

La tirade est une longue réplique récitée sans interruption par un personnage de théâtre destinée le plus souvent à convaincre, persuader ou séduire.

Exemple de tirade où Tartuffe veut séduire Elmire en évoquant sa beauté :

«

TARTUFFE
L'amour qui nous attache aux beautés éternelles
N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles ;
Nos sens facilement peuvent être charmés
Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.
Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;
Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :
Il a sur votre face épanché des beautés
Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés,
Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,
Sans admirer en vous l'auteur de la nature,
Et d'une ardente amour sentir mon cœur atteint,
Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint.
D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète
Ne fût du noir esprit une surprise adroite ;
Et même à fuir vos yeux, mon cœur se résolut,
Vous croyant un obstacle a faire mon salut.
Mais enfin je connus, ô beauté toute aimable,
Que cette passion peut n'être point coupable,
Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,
Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur .
Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande
Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande ;
Mais j'attends en mes vœux tout de votre bonté,
Et rien des vains efforts de mon infirmité ;
En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude,
De vous dépend ma peine, ou ma béatitude ;
Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,
Heureux, si vous voulez, malheureux, s'il vous plaît.

»

Le monologue est un discours prononcé par un personnage seul sur scène, il se parle à lui-même. Le monologue permet de connaître les sentiments, les pensées que le personnage exprime tout haut.

Le monologue peut prendre la forme d'un dialogue avec le personnage lui-même (le personnage se dédouble) : il produit un dialogue intérieur. Mais le monologue peut aussi prendre la forme d'un dialogue avec des destinataires absents. On trouve dans les monologues une ponctuation souvent forte et abondante, une structure syntaxique souvent bouleversée, un rythme saccadé, et un rôle essentiel des marques d'énonciation. Cela montre les marques du trouble intérieur.

Extrait de monologue prononcé par Harpagon dans L’Avare, Acte V scène 7, de Molière. Dans ce monologue, Harpagon se parle à lui-même et parle aussi à une personne imaginaire, son argent. On remarque beaucoup de phrases exclamatives et interrogatives, dévoilant le trouble intérieur d’Harpagon qui est devenu paranoïaque. On est donc bien en présence d’un monologue.

«

HARPAGON (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.)
– Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ! On m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent ? Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête ! (Il se prend lui-même le bras.) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m’a privé de toi ! Et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire en ce monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus, je meurs, je suis mort, je suis enterré ! N’y a –t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh ! Que dites-vous ? Ce n’est personne. Il faut qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure ; et l’on a choisi justement le temps où je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question à toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu’on parle là-haut ? De celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché parmi vous ? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part, sans doute, au vol que l’on m’a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des potences et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après !

»

Un aparté est une parole prononcée par un personnage que les autres personnages présents sur scène sont censés ne pas entendre. Il est destiné au public qui est ainsi rendu complice de la situation. Lors d’un aparté, le spectateur est l’unique destinataire des paroles du personnage qui s’exprime. Les apartés sont souvent signalés par la didascalie (A part).

Exemple d’un aparté dans Tartuffe de Molière, Acte II scène 4. Dans cet extrait, Dorine fait un aparté, elle s’adresse au public alors que Valère et Mariane, présents sur la scène, ne l’entendent pas.

«

VALÈRE
Moi, je vous l'ai donné pour vous plaire, Madame.
MARIANE
Et moi, je le suivrai, pour vous faire plaisir.
DORINE, à part.
Voyons ce qui pourra de ceci réussir.

»

Double énonciation Modifier

La double énonciation est l'essence de toutes les pièces de théâtre. L'acteur s'adresse à deux entités à la fois, comme par exemple son interlocuteur et le public, ou bien un personnage caché ou absent. Ce procédé permet de dynamiser la scène et de faire passer un message au public, lui donner des précisions, tout en niant sa présence. Ce procédé s’adresse à deux interlocuteurs, il peut être interprété différemment selon son statut et sa place dans le récit.

Par exemple, dans le Tartuffe de Molière, on retrouve plusieurs exemples de double énonciation, notamment dans la scène d’exposition.

  • Dans cette première scène, madame Pernelle s'adresse à la fois aux personnages présents en leur faisant la morale et en faisant le portait de Tartuffe, tout en s'adressant au public. Cela permet de dynamiser la scène et de faire découvrir au public qui sont les personnages. Et de dépeindre le personnage Tartuffe alors qu'il est absent sur la scène.
  • On retrouve également la double énonciation dans la scène 4 de l'acte I : Cléante est comme le spectateur, il découvre la folie d'Orgon en même tant que le public. Dorine, en s'adressant à la fois a Orgon et à Cléante, - qui est l'intermédiaire du public - permet de faire comprendre a quel point la situation est grave.
  • Dans la scène 2 de l'acte III, on voit enfin apparaitre Tartuffe. La double énonciation dans cette scène permet de montrer l'hypocrisie de Tartuffe, qui n'est normalement visible qu'à travers le décalage entre son attitude et ses répliques.

La double énonciation est particulièrement explicite dans ces trois scènes, elle permet de faire avancer l'histoire sans perdre le spectateur pendant la représentation. La double énonciation permet par exemple dans la scène 4 de l'acte I de faire comprendre au spectateur l'obsession d'Orgon pour Tartuffe. Dans la scène 2 de l'acte III, elle permet de montrer au spectateur l'hypocrisie du personnage. Dans cette pièce, dès lors que la double énonciation est très explicite, il est question de Tartuffe comme dans ces trois scènes.

Pour conclure, la double énonciation permet de faire passer des messages au public par l'intermédiaire d'acteurs présent ou absents, ce qui est très important pour que le spectateur ne soit pas perdu pendant la représentation.

Mise en abyme Modifier

La mise en abyme est un procédé permettant d’insérer une histoire dans une histoire, une image dans une image ou encore un film dans un film, tout en notant une impression de ne plus savoir quel est le plan observé, et l’on se perd réellement à essayer d’en trouver la réponse.

La mise en abyme se caractérise par une superposition du genre utilisée et se voit utilisé dans bien des techniques :

  • Drawing hands

    Drawing Hands, M.C Escher, 1948, taille réelle: 28.5 x 34 cm

    Sa première apparition se fait dans la peinture. Des peintres utilisent ce style afin de faire ressortir une idée fondamentale dans la peinture pouvant aller au dessin d’un enchainement de miroir donnant une impression d’infinité jusqu’à l’œuvre de Escher Dessiner symbolisant deux mains se dessinant l’une et l’autre. Cependant, la mise en abyme comme dans le cas de M.C Escher peut parfois se rapprocher du paradoxe et dans ce cas-là elle peut être discutée.
  • Elle est aussi très souvent utilisée dans la littérature, une œuvre contemporaine de Italo Calvino, Si par une nuit d’Hiver un voyageur, nous la montre très bien car lors du premier chapitre l’auteur s’adresse directement au lecteur et son discours est en fait le livre, c’est cette impression de ne plus très bien savoir dans quel plan l’on se trouve qui donne tout son sens à la mise en abyme.
  • La mise en abyme es aussi utilisée dans l’œuvre très connu de Shakespeare, Hamlet. Car dans cette pièce est jouée une pièce, c'est sans doute l’exemple le plus connu de mise en abyme car le procédé ne peut être discuté sur aucun point. Hamlet qui décide de venger son père met au point un stratagème pour piéger l’assassin qui n’est autre que le nouveau roi, il va ainsi mettre en œuvre la pièce elle-même afin que l’assassin se trahisse par lui-même.
  • Et enfin une autre grande variante de la mise en abyme est le cinéma car même si le but reste toujours à peu près le même - surprendre la personne regardant le film, il est beaucoup plus subtil de montrer à quelqu’un une superposition de plan. Des films très connus se démarquent et savent mettre à profit ce procédés, comme dans Inception où la mise en abyme est multiple car les personnages du film voyagent dans les rêves des patients à plusieurs niveaux de rêves afin d’y insérer une idée. L’illusion est telle que même les personnages s’y perdent et ne savent plus très bien ce qu’est est vrai ou ce qui ne l’est pas.

La mise en abyme est donc un procédé très utilisé, sous diverses formes d’expression qu’elles soient littéraires, picturales ou encore cinématographiques. Mais elle apparaît aussi dans des cas beaucoup plus simples tel que les célèbres poupées russes (petites figurines s’emboitant les unes dans les autres cachant toujours une figurine plus petite). Mais l’idée reste toujours la même, il faut superposer plusieurs plans afin d’arriver à perdre le destinataire et le faire réfléchir pour qu’il trouve la solution même si souvent il n’y en a pas.

Deux ex MachinaModifier

Deus ex machina signifie en latin « Dieu issu de la machine », cette expression existait aussi dans le théâtre grec Ἀπὸ μηχανῆς θεός/Apò mêkhan'ễ's theós et désigne un mécanisme qui met en scène une ou des divinités pour résoudre une situation désespérée. Au sens propre, elle peut aussi désigner seulement la représentation d’une divinité sur scène. Cette expression est souvent employée dans le domaine du théâtre au sujet de l’arrivée d’un personnage à la fin d’une pièce et par qui le dénouement s’effectue.

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Dans le domaine de la dramaturgie (théâtre, cinéma, bande dessinée) cette expression désigne l’événement inattendu et improbable qui vient régler les problèmes du protagoniste au dernier moment. On peut aussi associer Deus ex machina à un coup de théâtre puisque c’est un évènement imprévu survenant pendant une pièce de théâtre.

Avec Molière, et plus particulièrement dans Tartuffe l’intervention de l’autorité royale est un Deus ex machina. En effet dans l’Acte V, Scène 7, le roi envoie un exempt car il a compris que Tartuffe était un faux dévot, l’exempt va informer Orgon que le roi ne croit plus Tartuffe, car il est démasqué. Tartuffe va donc être emprisonné :

« Nous vivons sous un prince ennemi de la fraude

Un prince dont les yeux se font jour dans les cœurs
Et que ne peut tromper tout l’art des imposteurs. »
Discours de l’exempt. Vers 1906 à 1908.
« Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté
Sa lâche ingratitude et sa déloyauté;
À ses autres horreurs il a joint cette suite,
Et ne m'a jusqu'ici soumis à sa conduite
Que pour voir l'impudence aller jusques au bout,
Et vous faire par lui faire raison de tout.
Oui, de tous vos papiers, dont il se dit le maître,
Il veut qu'entre vos mains je dépouille le traître. »
Discours de l’exempt. Vers 1927 à 1934.


»

— Molière, Le Tartuffe, Acte V, Scène 7