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Didascalie, réplique, tirade, monologue, aparté

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Gravure de Jean Le Pautre en 1676 : Première journée des Fêtes de 1676. Représentation du Malade imaginaire à Versailles.

Le théâtre est à la fois un texte et un spectacle. Le texte théâtral peut être être lu, mais est écrit pour être représenté. Il se compose de répliques, et de didascalies qui guident les comédiens dans leur interprétation et aident les lecteurs à mieux s’imaginer la scène.

Qu’ils dialoguent entre eux, qu’ils s’expriment seuls sur scène ou qu’ils s’adressent uniquement aux spectateurs, c’est à travers la parole des personnages qu’est racontée l’histoire. D’après le jeu des acteurs qui se réfèrent aux différentes répliques et didascalies, les spectateurs déterminent le genre théâtral de la pièce.

Nous étudierons tout d’abord le texte théâtral puis les formes de la parole théâtrale.

Quelles sont les caractéristiques du texte théâtral et quelles sont les différentes formes de la parole au théâtre ?

Le texte théâtral

Les répliques

La réplique, dans le texte d’une pièce de théâtre, est un élément d’un dialogue théâtral, texte qu’un personnage doit dire à un autre personnage ou à lui-même.

Le dialogue est un échange de répliques entre deux ou plusieurs personnages.

Le dialogue assure différents rôles : il peut être le lieu d’un échange d’informations (un personnage apprend de la bouche d’un autre certaines informations), d’une délibération (discussion en vue de prendre une décision) ou bien encore le lieu d’un affrontement.

La longueur des répliques et leur enchaînement peuvent nous éclairer sur les rapports de force entre les personnages.

Par exemple, dans Le Tartuffe ou l’Imposteur, Acte I scène 1, de Molière, Madame Pernelle coupe la parole à chaque membre de la famille donc les répliques de chaque destinataire de celle-ci sont courtes. Les points de suspension montrent que le locuteur n’a pas fini de parler. L’interruption répétée de Madame Pernelle prouve donc qu’elle considère chaque membre de la famille comme inférieur à elle.

DORINE

Si...

MADAME PERNELLE

Vous êtes, mamie, une fille suivante

Un peu trop forte en gueule, et fort impertinente ;

Vous vous mêlez sur tout de dire votre avis.

DAMIS

Mais...

MADAME PERNELLE

Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils ;

C’est moi qui vous le dis, qui suis votre grand’mère,

Et j’ai prédit cent fois à mon fils, votre père,

Que vous preniez tout l’air d’un méchant garnement,

Et ne lui donneriez jamais que du tourment.

MARIANE

Je crois...

MADAME PERNELLE

Mon Dieu, sa sœur, vous faites la discrète,

Et vous n’y touchez pas, tant vous semblez doucette ;

Mais il n’est, comme on dit, pire eau que l’eau qui dort,

Et vous menez sous chape un train que je hais fort.

Les didascalies

Les didascalies, dans le texte d'une pièce de théâtre, sont un ensemble d’indications scéniques qu'un dramaturge porte sur son texte pour signifier aux interprètes le ton à prendre, les gestes à faire, la place à adopter, au cours de la représentation. Elles permettent de donner des informations, notamment, sur le comportement, l'humeur ou encore la tenue vestimentaire d'un personnage.

Les didascalies sont intercalées dans le dialogue écrit, mais n'en font pas partie, et ne sont donc pas destinées à être prononcées sur scène. En effet, lors de la représentation, les répliques seront prononcées par les comédiens et entendues des spectateurs tandis que les didascalies, non entendues des spectateurs, seront interprétées par les comédiens qui en tiendront compte dans leur jeu d’acteur.

Les didascalies sont en italiques, ou en lettres capitales pour les noms des personnages. Elles permettent ainsi au lecteur de s’imaginer la scène même si elles servent avant tout au metteur en scène ainsi qu’aux comédiens.

Ces didascalies sont plus ou moins abondantes selon les auteurs. Ainsi, elles sont rares chez Corneille, Molière ou Racine et absentes du théâtre grec mais deviennent plus abondantes dans le drame romantique au XIXe siècle, au point de concurrencer le dialogue dans certaines œuvres modernes.

Il existe au théâtre plusieurs types de didascalies. Les principales sont les suivantes : les didascalies initiales et les didascalies fonctionnelles.

- Didascalies initiales : Après le titre de la pièce, les didascalies initiales comportent la liste des personnages. Elles donnent des précisions utiles sur les rapports de parenté, d'amitié ou de hiérarchie entre ces derniers. Elles donnent également des informations sur leur âge, leur caractère, leur costume, le lieu et le moment de l'action.

- Didascalies fonctionnelles : Les didascalies fonctionnelles définissent avant chaque réplique, l'identité de celui qui parle et, à l'intérieur du dialogue, la personne à qui la parole est adressée. Elles indiquent également le découpage de l'œuvre en actes et en tableaux et les unités de jeu (scènes, fragments, fréquences). Finalement, elles précisent les déplacements des personnages, les entrées et les sorties, les mimiques, les gestes...

Les didascalies peuvent indiquer : (didascalies extraites de Le Tartuffe ou l’Imposteur de Molière)

- un geste : maniant le fichu d’Elmire (Acte III, scène 3)

- une attitude : se sentant attendrir (Acte IV, scène 3)

- un décor : sortant de dessous la table (Acte IV, scène 6)

- la place des acteurs : Elle fait mettre son mari derrière elle (Acte IV, scène 6)

- qui parle à qui : bas à Cléante (Acte V, scène 4)

- un objet : un cornet de papier (Acte IV, scène 5)

Les formes de la parole théâtrale

La tirade

La tirade est une longue réplique récitée sans interruption par un personnage de théâtre destinée le plus souvent à convaincre, persuader ou séduire.

Exemple de tirade dans Le Tartuffe ou l’Imposteur, Acte III scène 3, de Molière :

Dans cette tirade, Tartuffe veut séduire Elmire en développant sa beauté.

TARTUFFE

L'amour qui nous attache aux beautés éternelles

N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles ;

Nos sens facilement peuvent être charmés

Des ouvrages parfaits que le Ciel a formés.

Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles ;

Mais il étale en vous ses plus rares merveilles :

Il a sur votre face épanché des beautés

Dont les yeux sont surpris, et les cœurs transportés,

Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature,

Sans admirer en vous l'auteur de la nature,

Et d'une ardente amour sentir mon cœur atteint,

Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint .

D'abord j'appréhendai que cette ardeur secrète

Ne fût du noir esprit une surprise adroite ;

Et même à fuir vos yeux, mon cœur se résolut,

Vous croyant un obstacle a faire mon salut .

Mais enfin je connus, ô beauté toute aimable,

Que cette passion peut n'être point coupable,

Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,

Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur .

Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande

Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande ;

Mais j'attends en mes vœux tout de votre bonté,

Et rien des vains efforts de mon infirmité ;

En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude,

De vous dépend ma peine, ou ma béatitude ;

Et je vais être enfin, par votre seul arrêt,

Heureux, si vous voulez, malheureux, s'il vous plaît.

Le monologue

Le monologue est un discours prononcé par un personnage seul sur scène, il se parle à lui-même. Le monologue permet de connaître les sentiments, les pensées que le personnage exprime tout haut.

Le monologue peut prendre la forme d'un dialogue avec le personnage lui-même (le personnage se dédouble) : il s'instaure un dialogue intérieur. Mais le monologue peut aussi prendre la forme d'un dialogue avec des destinataires absents. On trouve dans les monologues une ponctuation souvent forte et abondante, une structure syntaxique souvent bouleversée, un rythme saccadé, et un rôle essentiel des marques d'énonciation. Cela montre les marques du trouble intérieur.

Extrait de monologue prononcé par Harpagon dans L’Avare, Acte V scène 7, de Molière :

Dans ce monologue, Harpagon se parle à lui-même et parle aussi à une personne imaginaire, son argent. On remarque beaucoup de phrases exclamatives et interrogatives, dévoilant le trouble intérieur d’Harpagon qui est devenu paranoïaque. On est donc bien en présence d’un monologue.

HARPAGON. (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.)

– Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ! On m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent ? Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête ! (Il se prend lui-même le bras.) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m’a privé de toi ! Et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire en ce monde ! Sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus, je meurs, je suis mort, je suis enterré ! N’y a –t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh ! Que dites-vous ? Ce n’est personne. Il faut qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure ; et l’on a choisi justement le temps où je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question à toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu’on parle là-haut ? De celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché parmi vous ? Ils me regardent tous et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part, sans doute, au vol que l’on m’a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des potences et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après !


Un aparté est une parole prononcée par un personnage que les autres personnages présents sur scène sont censés ne pas entendre. Il est destiné au public qui est ainsi rendu complice de la situation.

Lors d’un aparté, le spectateur est l’unique destinataire des paroles du personnage qui s’exprime.

Les apartés sont souvent signalés par la didascalie « A part ».

Exemple d’un aparté dans Le Tartuffe ou l’Imposteur, Acte II scène 4, de Molière :

Dans cet extrait, Dorine fait un aparté, elle s’adresse au public et Valère et Mariane, présents sur la scène, ne l’entendent pas. On remarque cet aparté grâce à la didascalie « à part ».

VALÈRE

Moi, je vous l'ai donné pour vous plaire, Madame.

MARIANE

Et moi, je le suivrai, pour vous faire plaisir.

DORINE, à part.

Voyons ce qui pourra de ceci réussir.


Tous ces procédés apportent donc plus de dynamisme à chaque pièce de théâtre. En effet, ils permettent d’approfondir le jeu des acteurs et permettent aux spectateurs de mieux comprendre l’histoire.


Derien et merci de votre lecture!!

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